Jean-Louis Cantin à la Galerie Ségurane

Le sculpteur niçois expose ses travaux récents jusqu’au 10 décembre. Une « décollation de masse » fascinante selon Jany Pedinielli (non, non, aucun rapport, bis repetita)

 

 

CHAIR RENDUE A LA PIERRE

Nous pénétrons dans une exhibition de décollation de masse.  Une vingtaine de têtes  de taille humaine, posées sur des socles rapprochés, à hauteur d’yeux, nous imposent la proximité.  Faites de galets et de ciment rudimentaire, elles deviennent insensiblement tissus organiques de chair et d’os, autres nous-mêmes que l’artiste nous oblige à regarder en face et en direct.

La morphologie des crânes, séparés des corps qui les portaient,  est multiple, creux, protubérances, écrasements, mais leur appartenance commune à l’humain est patente.  Alors la main se tend pour toucher l’arête d’une orbite énuclée et le ciment rugueux devient chair meurtrie sous les doigts.  La courbe douce du galet appelle la caresse et sitôt la main est détrompée par les aspérités qui l’enclosent, la chair est rendue à la pierre.

Les visages aux regards aveugles, aux fibres déchirées, aux lèvres ouvertes sur des mots muets et des cris silencieux, nous confrontent au pire de notre condition.  Le minéral fige la douleur organique et fossilise  l’humaine souffrance, pour témoigner de l’expérience du désespoir présent, dans un temps à venir, peut-être… On pense aux êtres saisis, pour l’immortalité par les cendres de l’Etna.

En écho aux têtes à échelle humaine, pétrifiées et déposées, un peuple d’homoncules sans crâne se livre à toutes formes de combats, du corps à corps aux mêlées confuses. Le fil de fer et la ficelle qui l’entoure forment de petits humanoïdes étêtés.  Ils escaladent des hauteurs gigantesques  dans leur microcosme, ici des pieds de tabourets, pour assaillir, combattre, défaire l’autre, identique à lui-même, ennemi cependant.  La miniaturisation replace «  l’humanité » qui « a perdu la tête »  dans l‘univers dont l’immensité n’est encore qu’effleurée.  Elle souligne  a minima, sans emphase, l’absurdité cruelle des décervelés qui la constituent, tout occupés à se détruire l’un l’autre et ce faisant, eux-mêmes.

Des têtes, aux visages douloureux, pétrifiées après la décapitation, au peuple miniaturisé qui en est dépourvu, capturé dans un combat sans fin, Jean-Louis Cantin  nous donne à voir l’horreur qu’il filtre pudiquement à travers des matériaux élémentaires, frustes et sa facture d’apparence simple.  Sous la rusticité, l’essentiel apparaît : une vision lucide de l’artiste.

Jany Pedinielli

Jusqu’au 10 décembre 2011
Galerie Ségurane, 4, rue Catherine Ségurane 06 300 Nice – Tel 04 93 26 17 94
Le site de la Galerie Ségurane : www.galeriesegurane.com
Le site de Jean-Louis Cantin : www.jlcantin.fr

Publicités
Cet article, publié dans Un peu d'art, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Jean-Louis Cantin à la Galerie Ségurane

  1. Gina R. dit :

    Jean-Louis Cantin s’approprie l’absurde de la condition humaine puisque en dernier ressort, la chair doit être rendue à la pierre. Ses têtes déposées et fossilisées l’illustrent. Sa perception d’une humanité décervelée laisse peu d’espoir au rapport avec l’autre. Si les espèces sont menacées par l’homme, l’homme est, lui, menacé par lui-même; les combats aveugles des figurines de chanvre mettent crûment en scène les inéluctables combats et guerres dans lesquelles l’humanité qui a perdu la raison joue sa propre extermination.
    Dans cette récente exposition j’ai perçu l’aggravation du pessimisme de l’artiste qui donne à voir le non sens des comportements des victimes de la grande machine à décerveler. La miniaturisation des corps, à silhouette humaine sans tête, semble d’abord figurer un jeu dérisoire. Il n’en est rien. La miniature permet de donner, en un espace limité, une variété d’exemples d’entreprises d’autodestruction à une échelle qui autorise la mise à nu des formes qu’elle peut prendre. Pour dresser son constat désespéré, Jean-Louis Cantin utilise des matériaux élémentaires et frustes. Ce refus de grandiloquence positionne son travail dans la recherche intime discrète, entièrement à l’image de l’artiste attentif et réservé qu’est Jean-Louis Cantin

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s